Quand tu grandis en garçon manqué, quelle que soit la raison, au fond, ta plus grande envie c'est de ne pas être liée aux filles. Elles ne sont pas intéressantes. On leur interdit tellement de choses. Toi tu veux faire partie de la caste que tu sens bien, intimement, plus ou moins inconsciemment, privilégiée : les garçons. Mais même si tu es chanceuse et que les garçons t'acceptent - oh tu es bien plus maligne, plus rapide, plus violente qu'eux tous ; eh, il faut bien faire sa place ! - tout le monde sait bien que ça reste un mensonge. Un jeu d'apparence. Même si tout ton être ne veut pas y croire, ils le savent  bien, tous, qu'au fond, tu n'es qu'une fille.

Et puis l'adolescence. Le clivage qui se creuse. Le mensonge qui ne trompe plus tellement. Le corps qui te trahit. Fini de courir torse nu. Les premières larmes, quand tes seins poussent, les nausées, la douleur, le désespoir, le dégoût, pendant tes premières règles. Pourtant, toi, tu le sais bien, que tu n'es pas une fille ! Mais ton corps ne le sait pas, lui. Et même si tu peux fermer les yeux et le cacher, il te le rappelle bien, avec force et douleur et sang, au moins 13 fois par an. 

Puis le désir. Celui des autres surtout, que tu subis. Le tien, tu le connais depuis longtemps et il ne s'est jamais arrêté au genre de quiconque, ça te paraît si simple. Eux, non. On te le répète, on te le serine. Tu n'es pas assez jolie. Pas apprêtée. Pas gracieuse. Pas féminine. Tes cheveux ne sont pas assez longs. Ce n'est pas comme ça que tu vas plaire. Mais tu ne veux pas plaire de toute façon ! Pas à eux ! Et pourtant, ironie à double-tranchant, tu vois bien que tu plais, malgré tout. Tu t'en passerais bien. Ils se contentent de peu, tu le sais bien, du simple savoir que tu as ce corps de femelle. Tu vois bien les regards, tu vois ceux qui devinent derrière tes cheveux courts, sous tes vêtements amples, malgré les muscles que tu t'appliques à forger, il y a une peau douce, des courbes, des seins, un sexe feminin. Et voilà qu'en plus tu ne désires pas les bonnes personnes. Pas le bon genre. Mais tu t'en fiches puisque tu n'es pas une fille !!!! 

Donc on te crie, tu es une fille, mais tu ne l'es pas assez, mais tu ne veux pas, mais tu n'as pas le droit d'essayer d'être autre chose, parce qu'ils veulent que tu sois une fille, mais pas une comme ça, rentre dans le rang, salope, hommasse, gouine, sorcière, freak.

Aujourd'hui je réponds, systématiquement, en souriant, en riant, que "je ne suis pas une fille", ou "je ne suis pas vraiment une fille, non, je ne suis pas un garçon non plus" "oh vous savez moi je ne suis pas une fille" dès qu'un qualificatif tombe. Je le place partout où je peux, dès que je peux. Expliquer aux cis-genres ignorants que l'on peut être genderqueerpangenderintersexe, intergenre, transgenreneutrepansexuel3ème sexeandrogyne, gender fluid, indéfini ; ça prend trop de temps, c'est trop déprimant, je n'ai plus la patience. Je répète donc juste inlassablement que je ne suis pas une fille. C'est la méthode la plus simple que j'ai trouvée. Je me dis naïvement qu'à force, ça peut insidieusement pénétrer l'esprit de certains et amorcer des débuts de questionnements ou des changements de comportements (et ça marche souvent, en effet). 

Mais parfois j'en ai assez. Assez de votre sourire ironique et votre obstination pleine de bons sentiments, assez de votre condescendante réponse habituelle : "Tu dis bien ce que tu veux, tu ne peux pas le cacher." "Mais si Dwam. Tu es une fille." Merci, mon corps et toute la société derrière essayent de me rappeler chaque jour que je suis née dotée d'un corps de femelle, j'avais remarqué. Ça ne fait pas de moi une fille pour autant. Ce n'est pas moi qui ait des oeillères - c'est vous. Donc parfois ces phrases ne passent plus. Elles me brûlent directement là où je tente de me construire. Elles nient complètement mon identité.

Parce que JE NE SUIS PAS UNE FILLE.

 

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(English version) (please feel free to point me out any mistake or broken language)

When you grow up as a tomboy, whatever is the reason for, deep inside, your main desire is to not be related to girls. They are boring. Their lives are boring. So many things are forbidden for the girls. You, you want to be part of that cast that you can feel, more or less consciously, very privileged : boys. But even if you are lucky and if boys accept you among them - oh, you're way smarter, swifter, and more violent than them all ; you need to win your place over, don't you ?! - everyone knows this is still a lie. A travesty game. Even if your whole self refuses to believe it, they all know and let you know, eventually, that you are only a girl

Then, teenage years. The split gets deeper. The lie doesn't trick them any longer. Your body betrays you. No more topless running in the woods. No more mindless mixity. First tears, cried over your blooming breasts, nauseas, pain, despair and disgust when periods first start. Although you know, you, that you are not a girl ! But your body doesn't. Even if you close your eyes and fool yourself and hide, your body reminds you the fate, with pain and blood, at least 13 times a year. 

Then, desire. Theirs, mainly. They make you feel how much you are subjected to their desires. Yours seem so simple though, you know them well and they never cared about gender. Theirs does. They repeat you over and over : you are not pretty enough. You are not dolled up. You are not graceful, not feminine, your hair is not long enough. They repeat you this is not the right way to be an attractive woman. But you don't want to be attractive ! Not that way, not to them ! However, double-edged irony, you see you are attractive anyway. You would do without though. They don't need much, you know they don't. Knowing that you've got that female body is quite enough. You can see them stare, you see the ones that see through your short hair, your ample clothes, beyond the muscles you trained with application, they see there is a soft skin, curves, breasts, female genitals, and that's enough for them to tell you what you should be and who you should be subjected to. Above all, you don't even desire the right persons. Not the right gender. But you don't care, really, since you are not a girl !!!

Therefore they tell you off. You are a girl, but you are not a girl enough, but you don't want to be, but you're not allowed to try to be someone else, something else, because they want you to be a girl, but not that kind, can't you simply fit, you slut, dyke, witch, freak ? 

Nowadays I'm a grown-up. I answer, everytime, smiling, laughing, quietly, that "I am not a girl." Or "I'm not exactly a girl, no, I am not a boy neither." "Oh you know, me ? I'm no girl."  I'm trying to slip it in, everywhere, anytime. Yet to explain to ignorant cis-gendered ones that one can be genderqueerpangenderintersex, intergender, transgendertransexual, neutral, pansexualthird sexandrogynousgender fluid, undefined…. It takes too much time and energy. It's very often depressing and I don't have enough patience any longer. So I'm just endlessly repeating "I am not a girl." It's the simplest method I've found. I try to convince myself, naively, that hopefully it could insidiously penetrate some people minds and activate some pondering, some beginning of a thought, even change some behaviours ( and it did, actually)

But sometimes I'm fed up. I'm fed up with your wry smile and your self-righteous obstinacy, fed up with your usual contemptuous answers. "Oh you can say what you want, you still can't hide the truth." "Of course you are a girl." Oh Thanks ! My body and the whole society behind me already remind me every single day that I am born in a female body, thanks, I noticed. I am not the blind one - you are. 

Then sometimes I can't take these words any longer. They burn, right where I'm building my self. They totally deny my identity. 

Because I AM NOT A GIRL.